Qasr-Qarun/Dionysias (Égypte)

Les moules monétaires de Qasr-Qarun/Dionysias (Égypte)

Contrefaire la monnaie dans la vallée du Nil au début du IVe siècle

Le projet a pour objectif un nouvel examen des ca. 15 000 moules de faux-monnayeurs du début du IVe siècle qui ont été découverts lors des fouilles franco-suisses menées à partir de 1948 sur le site de Dionysias (actuelle Qasr-Qarun), sous la direction de Jacques Schwartz et Henri Wild.


Le projet a pour objectif un nouvel examen des moules monétaires en argile découverts lors des fouilles franco-suisses menées à partir de 1948 sur le site de Dionysias (actuelle Qasr-Qarun), sous la direction de Jacques Schwartz et Henri Wild. Ces moules du début du IVe siècle après J.-C. se comptent en plusieurs milliers d’individus plus ou moins fragmentés, qui avaient été jetés au rebut après leur emploi dans un bâtiment situé à mi-distance entre le temple de Sobek et la forteresse hébergeant au IVe siècle une aile de cavalerie. En 1950, la fouille systématique de ce bâtiment a révélé, en outre, qu’il s’agissait d’une maison partiellement délabrée, qui aurait pu être reconvertie, selon les fouilleurs, en « atelier monétaire ».

Si la production de monnaies par surmoulage est particulièrement répandue en Égypte, où elle est attestée depuis l’époque ptolémaïque jusqu’au VIIe siècle apr. J.-C., c’est toutefois au IVe siècle qu’elle atteint sa diffusion maximale, comme le montrent les milliers de moules monétaires mis au jour dans la vallée du Nil et répartis entre huit trouvailles. Parmi celles-ci, la découverte de Dionysias est la plus spectaculaire avec ses ca. 15000 moules inventoriés, dont l’importance est d’autant plus accrue que les autres ensembles connus sont mal documentés ou n’ont généralement pas été entièrement conservés. Par son volume et la connaissance de son contexte archéologique, cette découverte apporte, par conséquent, une documentation unique pour étudier une activité qui, à cette époque, est quasiment limitée à l’Égypte.

La trouvaille de Qasr-Qarun demeure pour l’étude du faux-monnayage une mine d’informations encore insuffisamment exploitée. Après leur découverte, les moules avaient été nettoyés, identifiés et triés par Jacques Schwartz, puis déposés dans les réserves de l’IFAO, où ils sont encore conservés aujourd’hui. Le relevé précis des empreintes monétaires lui permit d’observer que les nummi de l’empereur Licinius (308-324) avaient été très majoritairement utilisés comme modèles, loin devant ceux de Maximin II (310-313) et de Constantin Ier (306-337). Les faussaires suivaient à l’évidence l’évolution de la circulation monétaire, puisque les monnaies de Licinius, qui régnait sur la partie orientale de l’Empire, circulaient en Égypte en plus grand nombre que celles au nom de son éphémère collègue en Asie Maximin II ou encore Constantin Ier, qui résidait à Trèves. Quoi qu’il en soit, en ne menant son analyse que sur les types monétaires représentés, Jacques Schwartz ne fut pas en mesure d’aboutir à des conclusions réellement probantes sur le développement, le rythme et le volume de la production. En outre, il laissa de côté les restes de moules intacts, creusets et autres ratés de coulée découverts dans cet « atelier monétaire », qui sont pourtant riches d’enseignements sur les procédés techniques mis en œuvre.

En reprenant l’ensemble de la documentation, dont il n’existe aucun catalogue, le projet veut replacer l’activité déployée dans l’officine de Dionysias au sein des enjeux économiques, historiques et sociaux auxquels elle renvoie. Deux aspects feront l’objet de recherches approfondies : l’organisation de la production et les procédés techniques développés lors de la fabrication des monnaies. En contrepoint, l’importance du contexte archéologique de découverte des moules monétaires et des restes de production rend plus que nécessaire un travail approfondi sur les archives des fouilles.

 

Bibliographie

Guihard (P.-M.), Chameroy (J.), Blanchet (G.), « 19460 – Les moules monétaires de Qasr Qarun/Dionysias : contrefaire la monnaie dans la vallée du Nil au début du IVe siècle », dans Rapport d’activité 2019, à paraître (Supplément au bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale).

Guihard (P.-M.), Chameroy (J.), Blanchet (G.), « Un atelier de faux-monnayeurs en Égypte romaine », Archeologia, 582, 2019, p. 48-53.