Emma

Étude matérielle des manuscrits anciens du Mont Saint-Michel : le projet Emma du Mont Saint-Michel

La numérisation des manuscrits du Mont Saint-Michel et son accès libre sur la Bibliothèque virtuelle du Mont Saint-Michel facilitent considérablement leur consultation pour des publics variés. Elle permet leur valorisation et incite les chercheurs à développer de nouveaux programmes de recherches sur les contenus textuels. Cependant cette dématérialisation du livre ne doit pas faire oublier que l’étude matérielle des manuscrits (la codicologie) est tout aussi importante, à la fois pour l’histoire du livre et de la lecture et pour celle de la vie matérielle et intellectuelle des moines du Mont Saint-Michel.


Direction scientifique :
Stéphane Lecouteux (Ville d'Avranches / CRAHAM – UMR 6273)
Lauriane Robinet (CRC – USR 3224)
Partenaire(s) :

Ville d’Avranches
Pôle du Document numérique – MRSH de l’Université de Caen Normandie (USR 3486)

Enjeux

La numérisation des manuscrits du Mont Saint-Michel et son accès libre sur la Bibliothèque virtuelle du Mont Saint-Michel facilitent considérablement leur consultation pour des publics variés. Elle permet leur valorisation et incite les chercheurs à développer de nouveaux programmes de recherches sur les contenus textuels. Cependant cette dématérialisation du livre ne doit pas faire oublier que l’étude matérielle des manuscrits (la codicologie) est tout aussi importante, à la fois pour l’histoire du livre et de la lecture et pour celle de la vie matérielle et intellectuelle des moines du Mont Saint-Michel.

Objectifs

Il s’agit de retracer l’évolution des pratiques employées par les copistes et les enlumineurs du Mont Saint-Michel entre la fin du Xe et la fin du XIIe siècle pour la fabrication des manuscrits et l’usage des principaux composants du livre, à savoir les parchemins, les encres, les pigments, les colorants et les liants.

Méthodologie

La méthodologie développe une approche multi-analytique et privilégie des techniques à la fois portables (matériel léger et transportable sur le site de conservation des œuvres, à la Bibliothèque patrimoniale d’Avranches) et non invasives (observation au moyen de solutions sans impact pour l’intégrité des œuvres : photographies en lumière visible, ultraviolette et infrarouge ; microscopie optique en lumière visible, ultraviolette et infrarouge ; spectroscopie de réflectance visible et infrarouge ; spectroscopie de fluorescence X ; imagerie chimique/hyperspectrale). Des analyses complémentaires sont parfois nécessaires à partir de micro-prélèvements (10 à 20 μg) réalisés dans des zones non sensibles (zones dépourvues d’écriture et d’enluminure pour l’analyse protéomique du parchemin ; zone de décharge, de projection ou de débordement pour l’analyse de pigments et de colorants par spectrométrie Raman et pour l’analyse protéomique des liants).

Collaboration et soutiens

Ce projet, porté et coordonné par Stéphane Lecouteux (ville d’Avranches/Craham) et par Laurianne Robinet (CRC), a été mené grâce à un partenariat étroit établi en 2018 entre la ville d’Avranches (Bibliothèque patrimoniale et Scriptorial), une équipe du Centre de Recherche sur la Conservation (USR 3224), le Craham et la MRSH de Caen.

Il a reçu le soutien du service du Livre et de la lecture (Ministère de la culture – DRAC de Normandie : oct. 2018 – déc. 2019) dans la cadre de l’appel à projet Patrimoine écrit 2018 ainsi que de la Fondation des Sciences du Patrimoine (Patrimex 2019).

Premiers résultats

Durant ce projet, nous nous sommes intéressés aux différents constituants du manuscrit :

  • supports en parchemin,

  • encres noires de l’écriture,

  • matières colorantes du décor (pigments minéraux et colorants organiques)

  • liants.

    Le fait de croiser ces différentes informations a permis de mettre en lumière l’existence d’usages et d’évolutions pour chacun de ces types de matériaux.

    Il est ainsi possible d’observer des changements de pratique au sein d’un même atelier de copie, ici, le scriptorium du Mont Saint-Michel, au cours d’une période relativement courte à l’échelle de l’humanité (120 ans).

    Les historiens disposent ainsi :

  • de repères chronologiques plus précis pour dater les œuvres,

d’informations sur les matières premières employées et leur commerce au Moyen Âge.

Présentations des résultats

  • séminaire d’Histoire des bibliothèques anciennes de l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes ( 6 mars 2016)
  • rapport détaillé adressé au Ministère de la culture le 30 mars 2020 (bilan scientifique et financier). – report sine die des deux présentations, initialement prévues en avril 2020 lors du 5e colloque international InArt (organisé à Paris) et du 18e séminaire Care and Conservation de Copenhague (Danemark), en raison du Covid-19.

Perspectives

Les premiers résultats obtenus invitent à poursuivre la collaboration du Craham avec le CRC pour mener des investigations approfondies sur d’autres collections conservées en Normandie, non seulement dans les abbayes bénédictines (Fécamp, Jumièges, Saint-Évroult, etc.) et cisterciennes (Mortener, Foucarmont, Savigny, etc.), mais aussi dans les bibliothèques épiscopales (Rouen, Bayeux, Évreux, etc.). Elles permettraient de vérifier, sur une période donnée (par exemple la période romane, de 990 à 1200 environ), si les pratiques étaient partagées sur l’espace normand, en lien avec les réseaux intellectuels qui existaient entre les établissements religieux, si l’évolution constatée au Mont Saint-Michel se retrouve ailleurs en Normandie, ou si certaines pratiques étaient spécifiques à ce monastère.