Connexions transatlantiques

Connexions transatlantiques

Les échanges transatlantiques entre la France et ses colonies d’Amérique à la lumière de la culture matérielle (XVIe-début XIXe s.)

Depuis 2016, le programme de recherche franco-canadien « Connexions transatlantiques » (sous la direction de Jean Soulat et Adelphine Bonneau), soutenu par l’Université Laval de Québec (Groupe de recherche en archéométrie des Laboratoires d’archéologie de l’Université Laval), le Centre Michel de Boüard de l’Université de Caen (Craham) et le laboratoire LandArc, vise à mettre en place un réseau de recherche portant sur l’aire transatlantique et ayant pour but d’étudier le petit mobilier des XVIe–XIXe siècles mis au jour en France et dans les colonies françaises des Amériques (Amérique du Nord, Antilles et Guyane française). Ainsi, « Connexions transatlantiques » propose d’essayer de définir l’existence d’une culture matérielle française spécifique au cours de la période moderne, par comparaison à d’autres productions européennes, de déterminer les possibles circuits d’approvisionnement des colonies françaises aux Amériques et de questionner les usages sociaux spécifiques de ces artéfacts, tant en France que sur les sites coloniaux.


Porteur(s) scientifique(s) :
Craham
LandArc
Direction scientifique :
Jean Soulat, Craham UMR 6273, Laboratoire LandArc
Adelphine Bonneau, Université d’Oxford, Groupe de Recherche en Archéométrique de l’Université Laval (GRAUL), Québec
Liste des membres du projet :
  • Adelphine Bonneau, Université d’Oxford, GRAUL Québec
  • Alexandre Coulaud, Inrap NAOM – Université des Antilles AIHP GEODE
  • Fabienne Ravoire, Inrap, Craham UMR 6273 – Université des Antilles AIHP GEODE
  • Noémie Tomadini, AASPE – UMR 7209 CNRS – MNHN
  • Marie-Astrid Chazottes, LA3M
  • Amélie Berthon, Evéha – Arar – UMR 5138
  • Caroline Solazzo, Smithsonian Museum Conservation Institute
  • Franck Bigot, chercheurs indépendant
  • Antoine Suarez, chercheurs indépendant
Partenaire(s) :
  • Centre Michel de Boüard, Craham
  • Université de Caen
  • Université Laval de Québec
  • Inrap
  • Laboratoire LandArc
Éditeur : Editions Mergoil

 Historique du projet et objectifs scientifiques

Le programme de recherche « Connexions transatlantiques » a été Initié en janvier 2016 par Jean Soulat, chercheur associé au CRAHAM-UMR 6273 et au Groupe de recherche en Archéométrie de l’Université Laval (GRAUL) et Adelphine Bonneau, chercheure post-doctorante à l’Université Laval, membre associée du GRAUL et désormais post-doctorante à l’Université d’Oxford. Depuis sa création, « Connexions transatlantiques » vise à mettre en place un réseau de recherche portant sur l’aire transatlantique et ayant pour but d’étudier les objets autres que les récipients en céramique des XVIe -XIXe siècles mis au jour en France et dans les colonies françaises des Amériques (Amérique du Nord, Antilles et Guyane française). Il s’agit d’essayer de définir l’existence d’une culture matérielle française spécifique au cours de la période moderne, par comparaison à d’autres productions européennes, de déterminer les possibles circuits d’approvisionnement des colonies françaises aux Amériques et de questionner les usages sociaux spécifiques de ces artéfacts, tant en France que sur les sites coloniaux. Le choix des limites spatio-temporelles s’appuie sur les nombreuses connaissances historiques et archéologiques relatives aux phénomènes d’installation et de colonisation françaises aux Amériques au cours de la période moderne ainsi qu’à l’évolution des modes de production du mobilier, la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle voyant la mise en place de phénomènes d’industrialisation bouleverser profondément les différents modes de production.

Soutenu par le Groupe de Recherche en Archéométrie de l’Université Laval de Québec (GRAUL) sous la direction de Réginald Auger, professeur en archéologie historique, et par le centre Michel de Boüard (CRAHAM-UMR 67273) de l’Université de Caen et Luc Bourgeois, professeur d’archéologie médiévale, cet ambitieux programme a pour but de développer une relation scientifique privilégiée entre ces deux pôles universitaires de recherche. Ce réseau de recherche vise notamment à permettre aux différents acteurs de la recherche d’échanger, sous forme de tables-rondes et de colloques, et de publier de futurs travaux. Ce programme a permis de pérenniser et d’institutionnaliser un rapprochement entre l’Université Laval et l’Université de Caen qui a déjà des antécédents, comme en témoignent les travaux et recherches conjoints de membres du CRAHAM et de chercheurs canadiens du GRAUL, à l’image du projet de recherche qui avait réuni Anne Bocquet et Yves Monette par exemple. Il vient renforcer également la perspective transatlantique empruntée par les travaux de chercheurs membres permanents du CRAHAM comme Fabienne Ravoire et Anne Bocquet qui participent à plusieurs programmes sur l’étude des céramiques. Les problématiques proposées ici font partie des enjeux mentionnés par les rapports du Conseil National de Recherche Archéologique en France de 2002 et de 2015 qui stipulent la nécessité d’engager des travaux à caractère chrono-culturel sur les artefacts d’origine métropolitaine et européenne dans les colonies d’Outre-Mer. Le bilan des dix dernières années reste en demi-teinte puisque peu de programmes de recherche ont été développés dans cette optique.

Les problématiques liées à l’étude de ces objets de la culture matérielle française abordent la question de la production. En ce sens, la recherche d’ateliers sera un des volets en lien avec la mise en place de projet de fouilles programmées de sites de production spécifiques datés des XVIe – XVIIIe siècles comme la verrerie. Par ailleurs, ces recherches sur la fabrication seront appuyées par des analyses archéométriques.

Aspects méthodologiques (pour tout type de projet) et techniques (notamment pour les bases de données et publications en ligne)

Plusieurs catégories d’objets du quotidien sont examinées : le mobilier métallique, le mobilier manufacturé en matière dure animale, le mobilier en verre dont les perles et les récipients, les objets en terre cuite comme les pipes. Cependant, d’autres éléments courants sont exclus comme les terres cuites architecturales ou encore les récipients en en verre et en céramique.

A ce titre, ces derniers ne sont pas concernés car ils sont déjà intégrés à plusieurs programmes de recherche ou actes de colloque franco-canadien comme le congrès du CTHS à Québec en 2008 Migrations, transferts et échanges de part et d’autre de l’Atlantique – Histoire et Archéologie des XVIe et XVIIe siècles sous la direction de Steven Pendery et Fabienne Ravoire, le PCR Céramique en Midi-Pyrénées, production, circulation, consommation (XVIe-XIXe siècle) crée en 2013 sous la direction de Jean-Michel Minovez et Stéphane Piques, le PCR Les céramiques de raffinage dans les ports atlantiques : interactions économiques en métropole et avec les Antilles entre le XVIe et le XIXe s. mis en place depuis 2014 et coordonné par Sébastien Pauly, le projet de PCR coordonné par F. Ravoire et A. Bocquet-Lienard sur la céramique du nord-ouest de la France et ses liens avec les Antilles et le Canada ou encore l’ouvrage Identifier la céramique au Québec sous la direction de Laetitia Métreau sur la céramique française et anglaise découverte au Québec. Il apparaît nécessaire de s’arrêter sur les recherches développées par les céramologues français, britanniques et ceux présents outre-Atlantique car elles constituent un véritable modèle pour le programme. L’étude des contacts transatlantiques à travers l’analyse des récipients en céramique bénéficie d’une véritable historiographie initiée dès les années 70 avec le travail de Jean Chapelot sur les exemples de Saintonge du XVIIIe siècle découverts dans la vallée du Mississipi[1]. Il est important de mentionner ici le PCRI dirigé de 2007 à 2016 par H. Amouric sur les Poteries des îles françaises de l’Amérique, Productions locales et importées, XVIIe-XXe siècles. Ce travail mêlant historiens et archéologues du LA3M a permis d’étudier les fonds des collections privées et publiques de Guadeloupe et de Martinique. Il a mis notamment en évidence la part essentielle de la Méditerranée dans les échanges.

Quelque soient les catégories d’objets étudiés provenant des contextes coloniaux américains, le postulat de départ du programme est de réussir à identifier l’appartenance de ce mobilier à une culture matérielle française. Par culture matérielle française, on entendra ici un assemblage d’objets produit en France et qui se singularise par une typologie particulière. Ces objets d’origine française reflètent un savoir-faire et peuvent être diffusés en Europe et outre-Atlantique. Cependant, il faudra essayer de faire la distinction entre les objets produits en France de ceux qui transitent par le France pour arriver aux Amériques. Ainsi, les études typologiques et les analyses archéométriques pourront aider à déterminer cette éventuelle appartenance. Néanmoins, cette tâche peut s’avérer complexe voire impossible pour certains objets en raison de leur caractère trop commun ou leur large diffusion par exemple.

L’étude de différents objets en matériaux variables va conduire à la mise en place d’une méthodologie commune puisque la plupart du mobilier ciblé proviendra très probablement des mêmes sites. Ainsi, le traitement, l’analyse et l’interprétation de ces contextes, délivrant parfois des assemblages, doivent être développés de façon conjointe car l’association de ce mobilier divers pourra aider à préciser un certain nombre d’information, en particulier la chronologie du site. Dans ce cadre, et uniquement dans cette optique, l’étude de la céramique pourra être associée. La méthodologie d’étude se fera selon un processus établi en France et apprécié outre-Atlantique, en particulier lors de l’inventaire des données. Ces données seront versées au fur et à mesure dans une base de données commune propre au programme.

Sous-projets en cours

Le colloque international intitulé « Les échanges transatlantiques entre la France et ses colonies d’Amérique à la lumière de la culture matérielle (XVIe-début XIXe siècle) » s’est déroulé à la MRSH de l’Université de Caen Normandie les 14-15 novembre 2019. Le colloque a été organisé par un comité de chercheurs : Jean Soulat (LandArc, Craham, Graul), Fabienne Ravoire (Inrap, Craham), Adelphine Bonneau (Université d’Oxford, Graul) et Luc Bourgeois, (Université de Caen Normandie, Craham). L’organisation a bénéficié du concours de plusieurs organisations : le Centre Michel de Boüard (Craham),  l’Université de Caen Normandie, l’Université Laval de Québec, l’Inrap, le Laboratoire LandArc et la communauté d’agglomération Caen la mer Normandie. Les deux journées du colloque ont rassemblé 55 participants dont la plupart représentaient les principales institutions archéologiques en France (SRA, CNRS, Université, Inrap, collectivités territoriales et structures privées). Plusieurs chercheurs venant du Canada et des Etats-Unis étaient présents. La publication des actes du colloque est en cours.

Dans la poursuite des travaux sur l’habitation Loyola (Rémire-Montjoly) en Guyane, Jean Soulat et le laboratoire LandArc ont conduit une campagne d’études du mobilier métallique des fouilles programmées menées entre 2017 à 2019 grâce au soutien du SRA Guyane, de l’Université Laval de Québec et de l’association APPAAG. Un projet d’étude quadriennal du mobilier métallique provenant des collections anciennes, fouilles entre 1991 et 2016, a été soumis à la CTRA DOM et accepté en mars 2020. Un examen préliminaire a été entrepris en janvier 2020 et chaque année, une campagne d’étude sera menée sur place dans le but d’analyser et de publier l’ensemble du mobilier métallique de Loyola dans une monographie.

Dans le cadre du programme de recherche « Connexions transatlantiques », un projet d’examen de peignes en écaille de tortue découverts dans des contextes archéologiques en France a été mis en place depuis 2016 en collaboration avec le Dr. Caroline Solazzo du Smithsonian Museum Conservation Institute de Washington. L’analyse des séquences des protéines de bêta-kératine présentent dans ces restes d’écailles a permis l’établissement d’une nouvelle banque de données internationale. Pour les échantillons datant des XVIIe-XVIIIe siècles venant de France, les analyses protéomiques ont montré qu’il s’agissait d’une seule et même espèce de tortue marine, la tortue imbriquée. Entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, les écailles de tortue obtenues dans les Caraïbes étaient échangées sur les marchés nord-Américain et Européen. L’écaille de tortue était utilisée, entre autres, pour la fabrication de peignes, d’éventails, de boîtes, pour la reliure et pour le revêtement de meubles. Des fouilles dans des ateliers européens (Paris et Amsterdam) attestent de l’utilisation de ce matériau exotique en articles de luxe. Cependant, les fragments archéologiques d’écailles de tortue ou d’objets sont souvent dégradés, de sorte que le matériau perd son motif reconnaissable et rend l’identification à l’espèce incertaine. De nouvelles analyses devraient être programmées sur des restes de plaquettes ornementales en écaille de tortue venant de l’atelier du Grand Louvre.

Bibliographie (communications, articles, volumes collectifs autour du projet

Soulat 2016a :

Soulat, « L’artisanat de l’écaille de tortue marine sur le site de la cour Napoléon, Grand Louvre, Paris (1er arrondissement) aux XVIIe-XVIIIe siècles », RAIF, 9, 2016, p. 299-321.

 

Soulat 2016b :

Soulat avec la collaboration de C. Solazzo, « Des Caraïbes à la Métropole: Artisanat et Commerce des Peignes en Écaille de Tortue Marine à l’Epoque Coloniale », Journal of Caribbean Archaeology, 36, 2016.

https://www.floridamuseum.ufl.edu/files/8814/6678/0300/JCA_Soulat_final.pdf

 

 

Soulat et al. 2019 (dir.) :

Soulat, F. Ravoire, A. Bonneau, L. Bourgeois (dir.), Les échanges transatlantiques entre la France et ses colonies d’Amérique à la lumière de la culture matérielle (XVIe-début du XIXe s.), Pré-actes du colloque de Caen, 14-15 novembre 2019, MRSH, Centre Michel de Boüard-Craham UMR 6273, Groupe de recherche en archéométrie de l’Université Laval, Université de Caen Normandie, CNRS, 2019, 70 p.

[1] Chapelot 2004, p. 224-225 ; Chapelot 2013, p. 131, note 156-157 ; Brain 1979.