Thème 2. Culture matérielle, réseaux économiques et sociaux : productions, usages et représentations

Coordinateur : L. Bourgeois

L’étude des témoignages mobiliers et immobiliers que nous ont laissés l’Antiquité, le Moyen Âge et la période moderne apparaît aujourd’hui fortement segmentée selon les catégories de sources (données archéologiques, collections de musées, textes, iconographie). Au-delà de ce nécessaire croisement des données, l’objectif de ce thème était d’interroger l’ensemble de la trajectoire des objets – de leur conception à leur rejet, de la réflexion sur les concepts à la publication – et d’articuler les différentes sources pour réaliser des enquêtes monographiques et des mises en série associant structures, mobilier et environnement.

Programme 1. Réflexions sur les concepts, l’historiographie et les méthodes de l’histoire de la culture matérielle

Elles donnent lieu de rencontres et travaux (par exemples les colloques internationaux La culture matérielle, un objet en question : anthropologie, archéologie et histoire (L. Bourgeois et al., paru en 2018), L’héritage du Traité de numismatique celtique de J.-B. Colbert de Beaulieu (coord. P.-M. Guihard et J. van Heesch paru en 2016) ou Les échanges transatlantiques à l’époque moderne (Antilles, Canada, Guyane) (coord. J. Soulat, F. Ravoire et A. Bonneau, 2019). Le congrès de la Société d’archéologie médiévale, moderne et contemporaine « L’objet au Moyen Âge et à l’époque moderne : fabriquer, échanger, consommer et recycler » (paru en 2020) a permis un panorama des avancées récentes dans ce domaine et le prochain congrès de la Société, organisé au Havre avec la Society for Medieval Archaeology en octobre 2021 permettra de confronter les thématiques de l’archéologie médiévale sur les deux rives de la Manche.

 

Programme 2. Productions, usages et représentations du mobilier

L’appréhension et le traitement des assemblages de mobilier archéologique dans les contextes d’occupation

Ce volet est abordé sous deux aspects. Un workshop intitulé Fouille, étude et inventaire. Les grands ensembles mobiliers en archéologie préventive (2018, B. Guillot et L. Bourgeois coord.) est venu compléter les rencontres déjà consacrées à la fouille des grands ensembles sépulcraux (Caen, 2015) et monétaires (Trieste, 2018). La caractérisation des rejets massifs de mobilier ont fait ou font l’objet de trois approches régionales : pour un ensemble portuaire antique (Blainville-sur-Orne, Calvados ; coord. C. Allinne), pour les habitats ruraux de la plaine de Caen (C. Hanusse, 2019) et, pour la gestion des déchets en milieu urbain au XVIe s., à travers un PCR initié en 2020 par B. Guillot pour la ville de Rouen.

L’analyse des monnaies dans leur contexte de découverte constitue également une orientation majeure de l’équipe. En témoignent par exemple la synthèse de T. Cardon Pour une approche anthropologique des usages monétaires médiévaux. En amont, cette approche archéologique et anthropologique du phénomène monétaire s’appuie sur la base de données en open access NUMMUS, lancée en 2013 pour cataloguer les découvertes monétaires en contexte archéologique de l’Antiquité à la période médiévale et fait l’objet d’un enrichissement permanent. Elle a servi de base pour le développement d’un projet de portail dédié aux trouvailles monétaires réalisées en France dans le cadre d’une convention entre le Département des monnaies et médailles de la BnF et l’Université de Caen Normandie.

Études transversales sur le mobilier non céramique

Ce sous-programme suscite des réflexions méthodologiques sur le croisement des données archéologiques, des sources textuelles historiques et littéraires et de l’iconographie, destinées à dépasser les classiques typo-chronologies et qui ont facilité le développement d’études portant sur plusieurs catégories de mobilier peu étudiées jusqu’ici : par exemple les mortiers et mesures en pierre (G. Verbrugghe), les meubles (C. Lagane) et le jeu d’échecs (L. Bourgeois) pour la période médiévale ou les peignes en écaille de tortue (J. Soulat) pour la période moderne. Enfin, des sept rencontres périodiques « Autour de l’objet médiéval », suscitées par le Musée de Cluny, l’INHA, le Craham, et l’Université d’Amiens, sont organisées dans le même esprit depuis 2016.

Le projet international « Connexions transatlantiques (France et pays voisins) avec les colonies françaises d’Amérique. Petits objets (métal, verre) » (A. Bonneau et J. Soulat coord.) implique depuis 2016 le Smithsonian Institute, l’Inrap, la DRAC Guyane et les universités de Chicoutimi, Montréal, Terre Neuve et Laval à Québec. Il a donné lieu à un premier colloque en 2019 (voir supra). Parallèlement, l’aboutissement d’une première étape du programme « Archéologie de la piraterie » a suscité un ouvrage collectif paru en 2019 (coord. J. Soulat). D’autres missions de terrain sont prévues en 2020 et 2021.

Numismatique de l’Antiquité aux Temps modernes

Les numismates du laboratoire s’attachent à dépasser les cadres classiques de la discipline pour restituer toute la complexité du fait monétaire dans ses rapports avec la société (usages monétaires, modalités de la circulation, etc.).

La production de la monnaie, sa contrefaçon et son recyclage ont constitué un premier point fort, signalé par la parution en 2016 des actes du colloque Produktion und Recyceln von Münzen in der Spätantike (coord. J. Chameroy et P.-M. Guihard), dans le cadre d’une convention avec le RGZM (Mayence). Depuis lors, l’étude des moules monétaires antiques antérieurement effectuée en Normandie s’est largement ouverte, grâce à l’enquête menée avec l’IFAO sur l’important ensemble égyptien de Qasr-Qarun/Dionysias (coord. P.-M. Guihard, J. Chameroy et G. Blanchet). Une session sur les « stratégies de l’imitation monétaire », co-organisée par J. C. Moesgaard, se tiendra lors du congrès de l’European Association of Archaeologists de Budapest (2020). Une autre voie est empruntée depuis 2019 dans le cadre d’un atelier expérimental dédié à la pratique du faux-monnayage durant l’Antiquité (plateforme des arts du feu de Melle, dir. F. Téreygeol).

Les monnaies d’argent émises pendant la période de transition des IVe-VIe s. font l’objet d’une autre enquête au long cours, ponctuée par les rencontres Tradition und Entwicklung im Gebrauch der Sibermünze im römischen Westen (4.-6. Jh.) (coord. J. Chameroy, P.-M. Guihard, 2017, parution en 2020), le projet de base en XML-EAD ITAM (Inventaire des Trouvailles d’Argent Monnayé dans les provinces nord-continentales de l’Empire romain), soutenu par la Région Normandie dans le cadre du RIN Cornum (2018-2019, P.-M. Guihard, coord.) et le contrat doctoral en cours de G. Blanchet sur les argentei des Ve-VIe s.

L’acquisition d’un appareil de spectrométrie par fluorescence X portable a entre autres permis la réalisation du projet émergent de la région Normandie FANUM (en collaboration avec deux autres laboratoires, le LPC-Caen et Imogère). Il a débouché sur l’analyse d’une partie des monnaies (3 500) du trésor constantinien de Saint-Germain-de-Vareville (P.-M. Guihard, A. Bocquet-Liénard coord.). Dans le cadre des projets émergents sur l’Afrique, un programme intitulé « Or normand, or de Guinée » (J. Jambu et C. Maneuvrier, avec la collaboration de l’IRAMAT-Orléans) vise actuellement à analyser la possibilité d’une origine ghanéenne de l’or utilisé pour les frappes normandes des années 1540-1570.

Typochronologie, caractérisation et diffusion des productions céramiques

L’enquête sur Les pots dans la tombe en Europe médiévale et moderne a abouti à une importante publication pluridisciplinaire (A. Bocquet-Liénard et al., 2015). Trois projets collectifs de recherche typo-chronologiques à long terme vont aboutir prochainement : La céramique du haut Moyen Âge en Île-de-France (coord. A. Lefèvre), Typochronologie de la céramique médiévale et moderne en Normandie du Xe au XVIe s. Production, diffusion (coord. S. Dervin et É. Lecler-Huby) et Les céramiques de raffinage du sucre en France : émergences et diffusions de part et d'autre de l'Atlantique, du xvie au xixe siècle (coord. S. Pauly). Des membres du laboratoire ont organisé les journées Iceramm de Paris en 2016 (C. Claude et A. Lefèvre) et de Rouen en 2018 (É. Lecler-Huby).

Le service d’archéométrie-céramologie réalise le volet archéométrique de plusieurs autres projets collectifs : « La céramique antique en Champagne. Production, diffusion et consommation » (coord. P. Mathelard), «  La céramique médiévale et moderne (XIIe-XVIIe s.) en Bourgogne : production, consommation, diffusion » (dir. M.-C. Lacroix), sur les céramiques à dégraissant coquillier dans le cadre du projet « Archéologie environnementale des systèmes littoraux et fluviaux de la Mer du Nord et de la Manche » (coord. M. Meurisse-Fort) et « Quentovic » (dir. L. Verslype et I. Leroy) et collaboré à une recherche ethnoarchéologique sur les potiers Woloyta et Oromo d’Éthiopie (J. Cauliez et al.). Les récipients de distillation ont fait l’objet d’une synthèse due à C. Claude et N. Thomas. T.-M Dubois-Hébert s’attache aux potiers de Martincamp (Seine-Maritime) et B. Fajal poursuit ses travaux sur les officines de potiers médiévales et post-médiévales de Normandie occidentale.

Depuis 2016, la fouille programmée des tuileries médiévales et modernes de Barbery (Calvados) a réuni une équipe pluridisciplinaire (A. Bocquet-Liénard, A. Dubois, J.-B. Vincent et al.) autour de la chaîne opératoire de production, de la caractérisation et de la diffusion des tuiles du Cinglais entre le xive et le xviiie s. L’année 2017 a également vu la tenue d’un workshop sur les  « Toitures et matériaux de couverture au Moyen Âge et à l’époque moderne dans l’ouest de la France », progressivement publié en ligne.

Programme 3. Enquêtes de terrain et monographies de sites

Ce troisième volet rassemble le soutien à la publication monographique de sites archéologiques d’envergure, dont on connait les difficultés d’aboutissement, et des études thématiques régionales.

Fortifications et résidences élitaires médiévales

L’étude des fortifications et résidences élitaires médiévales, thème d’enquête traditionnel du CRAHAM, connait depuis quelques années une extension géographique et chronologique. Les fouilles programmées menées dans deux sites de hauteur – à Roquebrune-sur-Argens (Var, Ve-VIIIe s., J.-A. Segura) et à Murat (Creuse, fin VIIIe-Xe s., R. Jonvel) – fournissent deux jalons sur l’occupation de cette catégorie d’habitats après l’Antiquité tardive. Les fortifications carolingiennes puis bas-médiévales associées au pont de Pitres-Alizay (Eure) font l’objet d’une monographie publiée (V. Carpentier coord.), tout comme la résidence fossoyée en milieu humide de Pineuilh, Gironde (Xe-XIIe s., F. Prodeo, L. Bourgeois coord.). La découverte en 2019 d’une grande salle incendiée du 10e s. sous le donjon de Salives (Côte-d’Or) amènera la poursuite des recherches sur ce site (T. Vergine). Le 29e colloque européen Château Gaillard a été organisé à Château-Thierry en août 2018 sur le thème Vivre au château (F. Blary et A.-M. Flambard Héricher).

Trois grands châteaux du nord de la France occupés dans la longue durée ont donné lieu à des investissements continus : le château de Caen a fait l’objet d’une monographie consacrée aux forges médiévales et aux écuries de la Renaissance, parallèlement à de nouvelles opérations préventives et programmées (B. Guillot coord.). Au sein du schéma directeur d’aménagement du site, il sert désormais de cadre à un  PCR croisant l’ensemble des sources disponibles (L. Bourgeois coord.) et à une thèse CIFRE (A. Gottfrois). La fouille de la basse cour de l’emblématique château des comtes d’Amiens à Boves (Somme) est désormais intégrée aux projets du laboratoire (R. Jonvel dir.). Enfin, une seconde phase de la fouille programmée du château des ducs de Bretagne à Suscinio (Morbihan) s‘est achevée en 2019 (K. Vincent). Parmi les sites normands, une synthèse des nombreuses opérations archéologiques menées dans le château de Falaise (Calvados) a été éditée en français et en anglais (F. Fichet de Clairfontaine) et l’étude archéologique de la tour-porte du Château-Ganne (Calvados) a été menée à bien par G. Carré. La thèse de L. Leroux sur le château de Biron (Dordogne) est en voie de publication. Des fouilles consacrées au château de Maulévrier-Sainte-Gertrude (Seine-Maritime) ont également débuté en 2018 (A. Painchault) et M. Casset a poursuivi l’exploration de l’environnement des châteaux et manoirs bas-médiévaux de Normandie occidentale à partir des sources écrites. Fin 2019, le laboratoire a intégré le nouveau GDR Patrimoines militaires, porté par l’EPHE et la confrontation des cultures élitaires médiévales françaises et japonaises initiée depuis plusieurs années avec les universités Keio et Musashi de Tokyo s’est poursuivie (L. Bourgeois).

Villes et campagnes

Le programme de recherches archéologiques consacré depuis 2012 à l’ancienne cité d’Alauna à Valognes (Manche) a permis la couverture progressive du site par une prospection géoradar (coord. L. Jeanne et L. Paez-Rezende, Inrap) et la multiplication des opérations préventives à Bayeux (Calvados) a largement enrichi la synthèse sur l’occupation gallo-romaine préparée sous la direction de G. Schutz. La fouille exhaustive du site de production de pourpre gallo-romain de Commes (Calvados) s’est achevée (coord. C. Allinne). Enfin, les huit ateliers du PCR Arbano « l’Antiquité en Basse-Normandie » ont abouti en 2018 au colloque FAR West, La Normandie antique et les marges nord-ouest de l’empire romain (Ier s. avant J .C. / VIe s. après J.C.), qui sera publié prochainement (coord. C. Allinne et G. Léon).

L’exceptionnel ensemble d’habitats groupés médiévaux mis au jour dans la plaine de Caen invitait à la réalisation de monographies et à une relecture du phénomène des habitats désertés. Un PCR puis le volet Archean du RIN Cornum permettent de redocumentariser les archives de la fouille du village-rue de Trainecourt à Grentheville en vue d’une publication numérique appuyée sur une structuration logiciste des données (C. Hanusse, D. Rego, M. Casset), assortie d’une thèse sur les assemblages céramiques (M. Leclerc). Le village déserté de Courtisigny à Courseulles-sur-Mer a fait l’objet de fouilles complémentaires qui viennent achever les travaux de terrain menés sur ce site (C. Hanusse). Entre les communautés des vivants et celles des morts, une enquête sur les sépultures en silos du premier Moyen Âge a été initiée (coord. É. Peytremann).

Pour les édifices religieux, au-delà des dossiers majoritairement paléo-anthropologiques (voir thème 1), on peut mentionner la fouille exhaustive de la salle capitulaire de l’abbaye de Saint-Évroult (Orne, A.-S. Vigot) et le projet de relevés systématiques assorties de datations absolues des églises pré-romanes et romanes précoces de Normandie orientale (N. Wasylyszyn coord.).

Voir aussi dans «Stratégie scientifique»

Axe transversal A. Érudition et numérique (production de données, exploration de corpus)

Le laboratoire, dans la diversité de ses spécialités (histoire, archéologie, littératures anciennes), s’est fortement impliqué dans le Digital turn pris par les Humanités. Le séminaire s’intéresse aux apports des nouvelles technologies pour faciliter l’analyse et l’édition des sources, multiplier les interrogations croisées sur les données et améliorer la diffusion des données selon les principes FAIR.

Axe transversal B. Les mondes normands dans l’Europe médiévale Responsables : Pierre Bauduin et Alban Gautier Les mondes normands médiévaux sont ici entendus au sens large pour désigner d’une part les espaces où s’établirent les Scandinaves aux VIIIe-XIe s. et de l’autre les territoires qui ont été sous domination normande en France, dans les îles Britanniques et en Méditerranée aux XIe-XIIe s. L’objectif de cet axe transversal est de rassembler les recherches sur les mondes normands dans l’Europe médiévale – un champ d’enquête qui positionne le CRAHAM sur un créneau unique en France – développés dans les trois thèmes de la programmation scientifique de l’unité. L’idée est ici de contribuer à une perspective commune, globale, comparatiste et en lien avec des partenariats internationaux (Grande-Bretagne, Italie, Russie, Scandinavie, USA), avec la collaboration de la MRSH (notamment l’Office universitaire d’études normandes, OUEN, et le Pôle du document numérique). Enfin, avec la revue Tabularia et le carnet Mondes normands médiévaux, le CRAHAM s’est doté d’outils numériques qui permettent à la fois de publier des travaux sur les mondes normands médiévaux, de communiquer ses propres recherches, et de constituer un réseau à l’échelle nationale et internationale. La Stratégie scientifique du projet quinquennal 2017-2021 Le programme scientifique de l’unité pour le contrat quinquennal 2017-2021 se décline en trois thèmes et en deux axes transversaux, qui permettent de mieux identifier les spécialités de l’unité et d’intégrer les projets émergeants.