08 décembre 2018

Des crosses et des couronnes. Pouvoirs abbatiaux et pouvoirs royaux dans le diocèse de Rouen

Soutenance de thèse de Fabien Paquet

Fabien Paquet, Des crosses et des couronnes. Pouvoirs abbatiaux et pouvoirs royaux dans le diocèse de Rouen (fin du XIIe siècle-milieu du XVe siècle), thèse de doctorat en histoire, soutenue le 8 décembre 2018 à l’université de Caen Normandie.

Jury : Anne Curry, Professeur d’histoire médiévale à l’université de Southampton (rapporteure) ; Véronique Gazeau, Professeure émérite d’histoire médiévale à l’université de Caen Normandie (directrice) ; Armand Jamme, Directeur de recherche CNRS – université de Lyon 2 ; Élisabeth Lalou, Professeure d’histoire médiévale à l’université de Rouen Normandie ; Élisabeth Lusset, chargée de recherche au CNRS-LAMOP – université Paris 1 – Panthéon Sorbonne ; Olivier Mattéoni, Professeur d’histoire médiévale à l’université de Paris 1 – Panthéon Sorbonne (président du jury) ; Thierry Pécout, Professeur en histoire médiévale à l’université de Saint-Étienne (rapporteur).

Cette thèse analyse l’évolution du pouvoir des abbés de onze abbayes bénédictines masculines du diocèse de Rouen entre la fin du XIIe siècle et le milieu du XVe siècle, mettant l’accent sur les plus grandes d’entre elles (Le Bec, Fécamp, Saint-Ouen, Saint-Wandrille…) mais prenant aussi en charge des maisons plus modestes et méconnues. Au cœur du raisonnement figurent la relation des abbés avec les pouvoirs royaux français et anglais. Après l’intégration de la Normandie au domaine royal capétien en 1204, les abbés devinrent royaux : en étudiant en particulier les actes de la pratique, cette thèse propose une définition de cette catégorie. Le rôle de Philippe Auguste dans la définition des rapports entre les crosses et les couronnes est mis en valeur. La suite du XIIIe siècle et le début du XIVe siècle sont marquées par une continuité politique assez remarquable, doublée d’une prospérité économique ; cela se traduisit par une réelle liberté des élections dans les monastères normands et l’avènement des abbés gestionnaires, qui parvinrent même à conserver les biens de leurs abbayes situées dans les terres du roi d’Angleterre. Les débuts de la Guerre de Cent ans furent un véritable tournant : à partir de ce moment-là, les abbés durent s’engager dans les affaires politiques et la guerre (notamment dans le conflit entre le roi de France et le roi de Navarre puis au moment de la conquête de la Normandie par Henri V, après sa victoire à Azincourt en 1415). S’appuyant sur une prosopographie de cent-quatre-vingt-huit abbés, la thèse étudie par ailleurs le profil de ces supérieurs (origines sociales et géographiques, formation, etc.) et l’évolution de la figure abbatiale au fil de ces trois siècles : de plus en plus de supérieurs furent formés à l’université ou gravitaient dans les cercles de pouvoir de l’Église ou de la royauté. En conséquence, ils fréquentaient de moins en moins leurs cloîtres, habituant les moines à leur absence, tandis que la liberté des élections était progressivement rognée sous l’influence du pape et des rois. L’étude, notamment, des sources narratives et figurées montre que les représentations de leur pouvoir évoluèrent en parallèle : de plus en plus attentifs à leur prestige extérieur, marqué notamment par le port des insignes pontificaux, ils ressemblèrent de moins en moins aux moines qu’ils dirigeaient. Cette thèse propose de lire la mise en place de la commende dans la continuité de ces évolutions du pouvoir abbatial, qui apparaissent moins comme une crise que comme une mutation.

Lire le compte rendu de la soutenance sur les Échos du Craham

Compte rendu dans les Annales de Normandie , 2019/1, p. 223-234. DOI : 10.3917/annor.691.0223

08 décembre 2018, 14h0018h00
Unicaen. MRSH

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