15 décembre 2017

Se soucier des morts de l’Antiquité aux premiers siècles du Moyen Âge

Soutenance de thèse de Vincent Hincker

Se soucier des morts de l’Antiquité aux premiers siècles du Moyen Âge. La parole de saint Augustin à l’épreuve des enjeux socio-anthropologiques des funérailles et du tombeau

Jury

  • Isabelle Bochet, chargé de recherche honoraire en sciences religieuses, CNRS
  • Alain Dierkens, professeur des universités en histoire médiévale, université libre de Bruxelles
  • John Scheid, professeur émérite, religion, institutions et société de la Rome antique, Collège de France
  • Christine Delaplace, professeur des universités en histoire romaine, université Caen Normandie
  • Patrick Baudry, professeur des universités en sociologie, université Bordeaux Montaigne
  • Claude Lorren, professeur émérite en histoire médiévale, université Caen Normandie

Contact: vincent.hincker@yahoo.fr

Résumé : Qu’est-ce qu’un cimetière ? La question parait triviale, pourtant depuis plusieurs années elle fait l’objet d’un débat de la part des historiens qui cherchent à déterminer si l’avènement du christianisme est venu modifier en profondeur le rapport que les vivants tissent avec leurs morts.Dans une première partie, le propos consiste à analyser la parole de saint Augustin dans la mesure où celle-ci est considérée comme fondatrice de la doctrine chrétienne en matière d’usages funéraires. Dans cette perspective, le traité qu’Augustin consacré spécifiquement à cette question, le De cura gerenda pro mortuis, est relu à la lumière du système onto-théologique que saint Augustin a construit tout au long de sa vie. Loin d’être un simple guide de bonnes pratiques à l’usage des chrétiens, le De cura apparaît comme un développement de ce système. Augustin y examine la question de la place qui revient aux corps dans la relation qui lie les vivants aux morts. La construction même du De cura désigne le corps comme l’objet qu’Augustin met au cœur de sa réflexion.Empruntant la piste désignée par Augustin, le propos s’applique dans un deuxième temps à comprendre le rôle que tient le corps dans la ritualité funéraire telle qu’elle se laisse saisir dans les sources écrites et archéologiques de l’Antiquité latine et des premiers siècles du Moyen Âge. La relecture de ces sources permet de restituer une suite de gestes funéraires qui composent un véritable cycle au travers duquel la mort d’autrui est mise en forme afin que chacun puisse reconnaître qu’elle a eu lieu. A l’aide de la philosophie, en particulier la phénoménologie, il devient possible de constater qu’il ne s’agit pas seulement d’inscrire le mourir d’autrui dans le temps, mais qu’il s’agit aussi de l’inscrire dans l’espace, c’est-à-dire dans un lieu, ce qui se joue précisément dans l’installation du mort dans un tombeau. Trouver un lieu pour le mort ne signifie pas l’éloigner de la communauté des vivants, mais au contraire l’y inscrire afin que les vivants puissent établir une relation avec lui. Or, ce sont précisément les modalités de cette relation, qui passent par la médiation du tombeau et donc à travers lui par la médiation du corps, qui ne s’accordent pas avec la philosophie de saint Augustin. En définitive, la réunion des sépultures auprès des édifices incarnant la communauté chrétienne signe la faillite de la parole augustinienne devant le souci des membres de cette communauté de faire entrer les morts, corps et âmes, dans la Cité de Dieu.

Thèse consultable en ligne sur Hal

15 décembre 2017, 14h3018h00
Campus 1, amphithéâtre de la MRSH

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